Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05/11/2015

"Dizionario guénoniano"

books.jpg

Scritto nel 2001 in occasione del cinquantenario della morte di Guénon, questo libro si propone di spiegare i principali termini usati nelle opere del pensatore francese, per permettere un approccio chiaro, ampio e completo al vocabolario, a volte specialistico e spesso oscuro per la maggior parte dei lettori, che è stato utilizzato nei libri di Guénon. Vivenza ha organizzato un migliaio di termini, nomi, argomenti, temi, autori e testi citati dal filosofo tradizionalista, con le definizioni che egli ne dà nei suoi libri: in calce alla descrizione è infatti indicato il testo, il capitolo e il titolo da cui esse sono tratte. Il "Dizionario guénoniano" per i lettori di Guénon e per i tradizionalisti in genere è un testo importante perché spiega il pensiero di quest'ultimo con le sue stesse parole, senza interpolazioni personali, quindi consente un approccio propedeutico alla sua opera e al suo vocabolario specialistico.

 

 

24/10/2015

"LA FRANC-MAÇONNERIE (…) DESCENDUE AU RÔLE TRISTE D’UNE VIEILLE INTRIGANTE RADOTEUSE"

MB.jpg

« Institution par excellence bourgeoise dans son développement, par sa puissance croissante d’abord et plus tard par sa décadence, la Franc-Maçonnerie a représenté en quelque sorte le développement, la puissance et la décadence intellectuelle et morale de la bourgeoisie. Aujourd’hui, descendue au rôle triste d’une vieille intrigante radoteuse, elle est nulle, inutile, quelquefois malfaisante et toujours ridicule, tandis qu’avant 1830 et avant 1793 surtout, ayant réuni en son sein, à très peu d’exceptions près, tous les esprits d’élite, les cœurs les plus ardents, les volontés les plus fières, les caractères les plus audacieux, elle avait constitué une organisation active, puissante et réellement bienfaisante. »

Michel Bakounine (Михаил Бакунин, 1814-1876)

22/05/2015

Julius Evola (1898-1974) et les "Archives du XXe siècle"





"Rushes inédites de Julius Evola en français, répondant aux questions de Dominique de Roux dans le cadre des enregistrements des "Archives du XXe siècle" [série d’entretiens produits pour l’ORTF entre 1969 et 1974].

Quelque temps avant sa mort, vieilli, paralysé mais toujours alerte, le philosophe italien y évoque entre autres les thèmes de l'essence de ses ouvrages, sa période artistique dadaïste, ses rapports avec René Guénon, ainsi qu'avec les régimes politiques de l'époque, et bien d'autres explorations métaphysiques."

 

Evola03.jpg

 

Question : « Au moment où vous affirmez que nous traversons l’âge obscur dont parle la tradition hindoue, quel est à votre avis le remède à cette dissolution de la civilisation actuelle ? »

Julius Evola : « Réponse tout-à-fait négative. Il n’y a rien à faire. Selon cette doctrine des philosophies ou de la métaphysique de l’Histoire, sur une base involutive dont je vous ai parlée, nous sommes presque à la fin d’un processus de dissolution, qui n’a pas commencé hier, qui ne consiste pas dans ses aspects purement indifférents, qui a commencé avec la perte progressive de tout sens réel du surnaturel, avec la coupure de ce qui rattachait l’homme à ce qui est plus qu’humain. Etant donné que ce processus a commencé depuis des siècles, nous sommes arrivés à la phase ultime, et se serait si absurde de chercher à l’arrêter, comme arrêter la neige qui forme une avalanche, presque arrivée à la vallée. Ce qui importe, c’est de se tenir malgré tout « debout » pour continuer, de façon souterraine, et même sans effets immédiats, la tradition. Je rapporte souvent ces beaux mots d’un poète autrichien : Que ceux qui ont veillé durant la longue nuit, se rencontrent avec ceux qui arriveront dans la nouvelle aurore. »

 

A revoir également : Julius Evola et le futurisme italien

 

 

06/04/2015

"Le vieux monde s'effondre et marche à grands pas vers sa ruine" (Camille Savoire)

« Le penseur qui, délaissant un instant les contingences au milieu desquelles il vit, oubliant dans la méditation, pendant quelques heures avec ses angoisses personnelles celles dont l'heure présente est si chargée et contemplant l'Univers dans son ensemble, est frappé d'un spectacle singulier : il semble que le cadre dans lequel évolue l'Univers sous ses divers aspects éclate de tous les côtés, que les rouages grâce auxquels se déroule la vie universelle ne sont plus appropriés à l'exercice de cette vie; nous vivons dans un état arythmique continuel sans connaître les raisons de cette rupture de la régularité vitale : tout est désaxé, la machine est détraquée et ceux qui sont chargés de la conduire ou de la remettre en marche sont impuissants à en rétablir le fonctionnement normal ! (…)

Je sais que certains esprits simplistes se contentent, pour expliquer cette crise et le désarroi du monde moderne, d'invoquer l'existence de rouages administratifs et sociaux périmés, qui ne sont plus en rapport avec un état social où se sont multipliées, en un trop court espace de temps, une multitude d'inventions telles que les applications de l'électricité dans l'industrie et l'économie domestique, la téléphonie et la télévision, l'aviation, la télégraphie sans fil et l'automobile. Ils voient dans ce désaccord entre les progrès de la science, de l'industrie, de la vie collective et individuelle et les cadres sociaux, politiques et administratifs dans lesquels nous agissons, les causes du désordre mondial. Sans doute ces causes contribuent à l'expliquer; mais elles n'y suffisent pas : il y a là quelque chose de plus profond, c'est une anxiété et une angoisse dont souffrent les êtres et un état chaotique de la vie universelle dont la guerre mondiale semble avoir été la cause première.

01.-Lewis-Wickes-Hines--Mecanicien-dans-une-centrale-elec.jpg

« Il y a là quelque chose de plus profond, c'est une anxiété et une angoisse dont souffrent les êtres et un état chaotique de la vie universelle. »

 

(…) L'immoralité et l'amoralité se sont étalées dans la presse, dans la littérature, au théâtre, dans l'art. Nous y voyons ridiculiser ou désavouer les grandes lois morales, les nobles traditions des peuples, des gouvernements et des individus, par un public assoiffé de plaisirs, de lucre et de jouissance.

On a dit que la presse, la littérature et le théâtre étaient l'expression des mœurs d'une nation. Or, je me demande comment ceux qui viendront après nous jugeront notre époque, lorsqu'ils liront les productions de notre presse et de notre littérature ! Ouvrons nos journaux, qu'y trouvons-nous? Les crimes, les scandales étalés avec une complaisance et une abondance qui choquent les esprits épris de grandeur, de beauté, de générosité. Allons au théâtre, et surtout assistons aux manifestations de ce nouvel art dont nous sommes si fiers : le cinéma qui, faux agent de moralisation, au lieu de donner des spectacles de beauté et d'art, reproduit des romans policiers et des scandales; aussi, chaque jour, pouvons-nous constater les conséquences désastreuses d'une telle propagande, au sein de toutes les classes de la société.

Les journaux ont cité le cas d'enfants devenus meurtriers parce qu'ils avaient voulu jouer personnellement certaines scènes qu'ils avaient vues se dérouler au cinéma. Nombreux sont les jeunes gens et jeunes filles dont le cinéma a faussé l'esprit, les conduisant du rêve d'être un héros de roman ou une star de l'écran, à la débauche, à la misère, au suicide. Ce sont là des choses profondément regrettables.

 

porteuse5.jpg

«  Je me demande comment ceux qui viendront après nous jugeront notre époque, lorsqu'ils liront les productions de notre presse et de notre littérature. »

 

Dans le domaine physique, le chaos n'est pas moins manifeste que dans l'ordre moral.

Jetons un regard sur l'ensemble de l'univers et observons les bouleversements dont il est actuellement le théâtre et devant lesquels nous demeurons stupéfaits et impuissants : phénomènes atmosphériques anormaux, irrégularité et enchevêtrement apparent des saisons par la modification des conditions climatériques caractérisant leur cycle entre les phénomènes astronomiques qui en marquent la durée. Phénomènes sismiques ou météorologiques d'une intensité anormale, inondations soudaines et imprévues en toutes saisons, cyclones, tornades, raz-de-marée causant des catastrophiques aériennes, maritimes ou côtières sur tous les points du globe.

Les récoltes subissent les conséquences des désordres atmosphériques et trop souvent les efforts du semeur restent sans récompense parce qu'en quelques minutes orages ou cyclones anéantissent le produit du labeur humain ou que des pluies diluviennes contraignent le cultivateur à laisser la terre reprendre ce qu'elle lui avait donné au prix d'un si pénible labeur !

 

freud-145.jpg

« Les individus éprouvent eux-mêmes le contrecoup de ces anomalies dans le domaine physiologique, mental et intellectuel et collectivement dans le domaine moral et social. »

 

Les individus éprouvent eux-mêmes le contrecoup de ces anomalies dans le domaine physiologique, mental et intellectuel et collectivement dans le domaine moral et social. Des maladies nouvelles ou comportant une symptomatologie nouvelle, très différente de leur caractéristique, des morts subites par embolies ou troubles circulatoires, des troubles cérébraux ou mentaux deviennent d'une fréquence inquiétante!

Dans l'ordre moral, nous observons un fléchissement de la conscience individuelle et collective, de la moralité privée ou publique et un relâchement des liens familiaux ou sociaux les plus sacrés.

Existe-t-il un rapport de cause à effet entre ces diverses anomalies de la vie universelle?

Quittons ce domaine dont les lois nous sont encore trop peu ou point connues pour descendre sur un plan moins élevé et plus accessible à nos moyens d'investigations et d'études, considérons la situation européenne et mondiale, pleine de faits inquiétants et troublants.

 

001t3txc.jpeg

« Une crise financière et économique qui menace de s'étendre à tous les États civilisés risque de bouleverser le vieux monde et de détruire ses fondements et ses édifices les plus solides. »

 

Des milliers d'êtres réclament un travail leur assurant la subsistance quotidienne que la Société, dans de nombreux pays, est impuissante à leur fournir : le chômage, source de misère, de démoralisation et de paresse s'étend de plus en plus sur les deux continents et menace de déchaîner une révolution mondiale; tandis que la misère et la famine sévissent dans l'Europe Centrale Orientale et en Asie, les journaux nous annoncent, sans pudeur, les décisions prises par certains gouvernements ou groupements de producteurs de détruire les stocks de blé ou de matières premières accumulés dans le but d'en maintenir les prix de vente élevés.

Nous avions toujours cru que la production abondante des matières nécessaires à l'existence serait un facteur de bonheur et de vie moins chère et plus facile. Nos augures économistes cherchent à nous démontrer que nous étions dans l'erreur et l'expérience actuelle se résume dans ce sophisme : surproduction cause de misère et de vie chère.

Serrons de plus près le problème et nous trouverons la cause de cette hérésie économique que nos augures officiels dissimulent avec soin.

(…) L'Oligarchie économique qui nous gouverne oublie que la Machine, issue des découvertes de la Science dont chacune des acquisitions tombe peu à peu dans le patrimoine social et humanitaire collectif, doit être un facteur d'amélioration du bonheur collectif, et non pas être exploitée par une minorité qui en monopolise à son profit les avantages en réduisant au chômage la main-d’œuvre humaine sans dédommagement.

 

33192.HR.jpg

« Le patronat, souvent impersonnel, d'aujourd'hui, n'est plus le patronat familial d'antan et dans ce changement réside peut-être l'un des facteurs de la crise économique actuelle. »

 

Autrefois, patrons et ouvriers étaient plus rapprochés, travaillant coude à coude ou associant leurs joies et leurs peines qui devenaient communes, tandis qu'aujourd'hui, fréquemment, ouvriers et patrons sont complètement inconnus l'un de l'autre, séparés par la distance ou les divers échelons de la production hiérarchisée; le grand patron, qui n'est généralement qu'une raison sociale ou une société anonyme, ignore tout de ses ouvriers et les œuvres de prévoyance, derrière lesquelles il exerce parfois sa bienveillance, ne lui permettent pas de connaître personnellement les douleurs et les peines de l'ouvrier, de pénétrer dans son humble intérieur et d'y faire entendre la parole réconfortante ou d'y accomplir le geste consolateur qui donnait au patronat d'antan son caractère familial.

Hélas, trop souvent le chef d'industrie actuel trône dans un bureau situé loin de l'usine et ne doit qu'au droit d'héritage ou de fortune de commander à des hommes qui, moralement, sont cependant ses égaux et, socialement, les facteurs de sa prospérité et les artisans de sa richesse.

C'est peut-être dans ces nouvelles conditions économiques du travail, exploitées par les mauvais bergers laissant croire aux ouvriers que sans effort personnel, en écoutant leurs utopies, ils réaliseront un monde où chacun vivra sans travailler), qu'il faut chercher la cause des conflits économiques actuels.

Or ces conflits, si nous les laissons s'aggraver, n'entraîneront pas seulement des catastrophes financières, mais risquent de nous conduire à la guerre ou à la révolution.

img-10-small480.jpg

« Avez-vous déjà pensé un instant à ce que serait demain la guerre et son cortège d'horreurs dont le début serait l'anéantissement, quelques heures après la déclaration de guerre, de tous les foyers de civilisations et de lumière que sont nos grandes cités, immédiatement détruites, avec leurs habitants, par des flottes d'avions porteurs d'explosifs ou d'engins toxiques capables de détruire tout élément de vie dans un espace très étendu ? »

 

Dans ce domaine, nous ne voyons pas sans une profonde émotion la science, que nous avons aimée et vénérée parce qu'elle était un facteur de progrès humanitaire et une source de bonheur pour les peuples, profanée et mise au service des puissances du mal.

N'assistons-nous pas en ce moment à la réalisation du mythe prométhéen; la nature et l'inconnaissable se vengeant de ceux qui ont voulu leur arracher leurs secrets pénétrer leurs mystères ou transgresser leurs grandes lois en n’en rompant l'harmonie ?

(…) Ces puissances maléfiques ne rencontrent plus, en face d'elles, aucune barrière; leur route n'est plus semée d'aucun obstacle. Longtemps la société leur opposa un idéal religieux qui fut exprimé sous des formes multiples, correspondant aux divers cultes. Malheureusement, dans la plupart de ces cultes, le dogme, et surtout l'esprit dogmatique qui les caractérisait, est entré en conflit avec la science et la raison, et trop souvent le temporel a dominé le spirituel. Il en est résulté un affaiblissement graduel que l'impuissance et la passivité de leurs prélats, devant le grand cataclysme et ses horreurs, ont transformé en une décadence s'acheminant vers la Mort !

 

71c.jpg

« Les fondations du temple et le sol sur lequel elles reposaient ont été minés par des puissances maléfiques qui les ont sapées. »

 

(…) Notre civilisation chancelle comme les civilisations anciennes ont chancelé avant de mourir, parce que les dieux et les dogmes sont morts, que leurs temples ne subsistent plus que sous forme d'admirables vestiges qui sont encore l'objet de notre vénération, mais qui ne recèlent aucun apôtre véritablement digne de ce nom ! Leur vide et leur néant ne correspondent plus aux aspirations humaines !Pourquoi tout chancelle-t-il ? Parce que les fondations du temple et le sol sur lequel elles reposaient ont été minés par des puissances maléfiques qui les ont sapées, en les désagrégeant par l'égoïsme individuel et son essentielle expression : l'appât du gain. L'ambition démesurée, l'arrivisme forcené règnent en maîtres, les grands principes moraux sont souvent méconnus, la notion du devoir sombre devant l'intensification de la revendication des droits, l'intérêt individuel prime l'intérêt collectif.Voilà pourquoi le vieux monde s'effondre et marche à grands pas vers sa ruine ! Les peuples et leurs conducteurs sont entraînés dans une course vertigineuse qui les conduit à l'abîme. Intoxiqués par l'égoïsme individuel et collectif, ils sont incapables de réagir. Le sol croule sous leurs pas et bientôt ils devront abandonner La Cité pour éviter d'être ensevelis sous ses décombres.

Il importe de chercher le roc indestructible sur lequel nous reconstruirons en hâte la cité future si nous voulons sauver ce qui reste des civilisations. Ce roc sur lequel nous devons construire consiste en un nouvel idéal philosophique, moral et spirituel, invariable dans le temps et dans l'espace, dont nous devons doter le monde, et de son immuabilité dépendra la solidité de l'édifice que nous chercherons à bâtir. (…) Ce qu'il faut, en un mot, c'est chercher à opposer au dogme odieux, destructeur et dévastateur de « lutte des classes » le dogme d'amour universel, c'est chercher à rapprocher les êtres, en unissant leurs aspirations et leurs efforts, à soulever parmi nous une vague de spiritualité agissante (…) »

camillesavoiredersite.jpg

 

 

Camille Savoire, Regards sur les Temples de la Franc-Maçonnerie, présenté par Jean-Marc Vivenza, Éditions La Pierre Philosophale, mars 2015, chap. XI, pp. 205-233.

18/01/2015

"Sans métaphysique il n'y a pas de civilisation"

« La tragédie de la détermination à la matière, qui n’est pas la vocation de l’être qui s’y trouve absorbé, le soumet, de manière irréversible, à la pesanteur, à l’oubli et à la dégradation : Materia signata quantitate. »


 

Cet intitulé signale, sur la chaîne youtube de nos amis de Baglistv, un nouvel extrait de l’entretien consacré au « Règne de la Quantité », insistant sur les attaques subies par la métaphysique, lorsque la matière « devient perméable aux forces de dissolution. »

Ailleurs, ce même entretien souligne ce qui, chez René Guénon, constitue cette condamnation radicale d’un appel à l’humanisme, « négation  même du supra-humain » qui, mettant l’homme au centre de toute chose, et s’écartant de la logique interne de la réalité du Principe, fonde la double thématique du développement matériel et de la subversion du spirituel.

On se reportera avec profit, en ces temps de désorientation généralisée, au chapitre XXXI de l’ouvrage (« Tradition et traditionalisme ») où, parmi les signes distinguant cette « falsification de toutes choses », « les moyens envisagés pour remédier aux maux ainsi dénoncés ont un caractère étrangement disproportionné et insignifiant, enfantin même en quelque sorte : projets "scolaires" ou "académiques", pourrait-on dire, mais rien de plus, et, surtout, rien qui témoigne de la moindre connaissance d’ordre profond. C’est à ce stade que l’effort, si louable et si méritoire qu’il soit, peut facilement se laisser détourner vers des activités qui, à leur façon et en dépit de certaines apparences, ne feront que contribuer finalement à accroître encore le désordre et la confusion de cette "civilisation" dont elles sont censées devoir opérer le redressement[1]. »

 


[1]René Guénon, Le Règne de la Quantité & les Signes des Temps (1945), p.207.

06/09/2014

La contrefaçon du spirituel

« Ce qu’ils prennent pour une plénitude de "vie" n’est effectivement que le royaume de la mort et de la dissolution sans retour. »

René Guénon, Le Règne de la Quantité & les Signes des Temps (1945)


Extrait d’un entretien en deux parties mis en ligne sur baglis.tv, entre Jean-Marc Vivenza, Jean-Pierre Laurent et David Bisson, sur "Le Règne de la Quantité de René Guénon."

Evola, Masque et visage.jpgGuénon, le Règne de la Quantité.jpg

René Guénon, Le Règne de la Quantité & les Signes des Temps (1945), chap. XXXV,fichier PDF.

PDF.jpg

 

 

 

 

 

 

Extraits de Jean-Marc Vivenza, La Clé d’Or, (Editions de l’Astronome, 2013) :

 

Terrible tableau, si criant de vérité

 

« Terrible tableau, mais pourtant si criant de vérité, qui nous peint en des teintes vives la triste situation, la misère sur le plan naturel de l’homme en ce monde, et de l’impuissance radicale des facultés dont il dispose pour pouvoir s’extraire par lui-même de sa condition existentielle.

L'homme, en tant qu'individu lié, assujetti, est cette réalité initiale dont la solidarité ne souffre aucune contestation : si rigoureusement primitive en réalité qu'il manquerait une raison pour la mettre en doute, son absence qui, précisément, manque pour douter de l’existence. Les choses sont bien là, et l’homme qui les observe. On ne saurait donc soutenir de prime abord un doute sur la vérité de la présence que déraisonnablement, sans justification véritable.

A l'origine de la pensée, il n'y a donc pas seulement une conscience d'être, ni même d'être parmi les êtres en coexistence. Mais, d'être déterminé, placé au cœur de l’existence. Et à l'origine de la démarche de la pensée, il y a cette provocation manifeste des phénomènes manifestes, dont on ne peut se déprendre, se libérer, sauf bien évidemment dans le refus existentiel réalisé, d'une certaine façon, par le suicide.

Où est donc l'être vraiment, demande celui que la mort n'a pas encore livré au silence ? En quoi réside-t-il ? Comment suis-je en ce monde en tant que question pour moi-même et les autres ? D’où me vient la pensée interrogatrice ? Pourquoi est-ce que j’interroge les faits, la réalité phénoménale ? Pourquoi cette souffrance ontologique qui est imprimée au cœur du vivant ?

Etre c'est donc être jeté dans le relatif, c'est être dépendant totalement. La relation est dans l'être le tout de son exister même. Il n'y a donc de réalité que relative, c'est-à-dire reliée, liée et soumis. L'homme n'est pas une réalité à quoi il arriverait, comme de surcroît, de se trouver en référence, en dépendance : il est relatif par essence, il est exclusivement relatif. Sa nature est de rapporter son existence d'où il dépend d’un être à quoi il réfère : inhérent à l'un, référent à l'autre ; rien de plus. C'est beaucoup et c'est peu ; c'est beaucoup car il en va de l'exister même, c'est peu car en fait il n'y a pas de véritable indépendance dans l'être. Or un être dépendant n'est rien, il est sans être, son être est de n'être point. Ou du moins rien de lui-même, puisque tout ce qui le fait être n'est rien de lui. Etre, exister, c'est n'être presque rien de soi-même. Être c'est n'être pas cause de son existence. Exister c'est ne pas être de soi-même, c'est ne pas être soi-même ni personne, autre qu’être créé, constitué par de l'autre, un autre également absent de lui-même. Du dépendant sur le plan ontologique créant du dépendant.

Exister c'est donc subir sa différence d'avec soi-même, c'est ne pas être à soi-même son être, tout en étant aucun autre. Drame existentiel éternel, auquel il n'y aura jamais de terme. La fracture ne sera jamais refermée, le fossé jamais comblé. Rien en nous n'est de nous, vient de nous. Ceci explique pourquoi chaque être est incapable, à lui seul, d'aller au bout de l'être. Il est freiné par son manque constitutif d'être.

La créature n'est que néant si on entend que, d'elle-même, elle n'est propriétaire de rien, que par elle-même elle n'est rien. » (pp. 96-99)

 

 

KALI.jpg

 

En aucun cas, la matière ne peut créer le spirituel

 

« Ainsi le spirituel en premier lieu, s’il faut en croire la définition, « concerne l’esprit, l’âme, les relations avec le divin ». Le mot "spirituel" provient effectivement du latin, spiritus, qui signifie proprement "souffle", "respiration", éléments qui font de l’homme un être animé, c'est-à-dire littéralement possédant une âme, animus.

Mais si on oppose le spirituel à la matière, alors, d’une certaine manière, le spirituel se définit négativement comme "tout ce qui n’est pas tangible", ou "palpable", quoique dans cette visée, le psychologique lui même devient du spirituel. Or la matière, incluant les facultés intellectuelles, comme la mémoire, ou la volonté, porte le spirituel, elle en est la forme, mais n’est pas véritablement le spirituel ; le spirituel étant une des qualités, non la substance, de la matière. Il en est le parfum, voire l’essence. La matière est d’ailleurs habitée par le spirituel, ce qui pourrait justifier qu’on parle tantôt de matière inerte, tantôt de matière animée selon la présence ou pas du souffle, de l’esprit qui lui donne l’être et le mouvement, mais, en aucun cas, la matière ne peut créer le spirituel. » (pp. 48-49)

 

Chercher, par delà les déterminations, la substance de l’être

 

« Quand nous croyons répondre ainsi à la question du spirituel, ou de la connaissance de soi, en nous imaginant découvrir en nous un être originel, une personnalité dont la valeur est irremplaçable et la dignité inviolable, les sciences contemporaines, la psychologie, la psychanalyse, la neurobiologie, nous révèlent les archétypes les plus archaïques qui appartiennent à une sorte de mémoire cosmique, nos comportements habituels rappelant notre histoire infantile, sa survivance en nous et notre dépendance à l'égard d'un moi que nous estimons constitué par des lois sacrées, alors qu'il n'est, le plus souvent, que l'introjection des obligations autoritaires qui se sont imposées à nous dans notre enfance.

Notre vraie vie semble donc être ailleurs, celle à laquelle on peut décerner le nom de véritable, et, finalement, à bien y réfléchir, il ne nous reste plus rien en propre si l’on pousse l’interrogation sérieusement, sauf la constatation d'avoir pris pour notre être le plus singulier et le plus certain une personnalité entièrement artificielle et déterminée, que nous n'avons aucune raison valable de considérer comme nôtre alors qu’elle n’est que le résultat d’un ensemble de déterminations.

C’est pourquoi, il est capital d'insister sur ces déterminations, non pour les nier, bien au contraire - et les sciences modernes parfois ne vont pas assez loin, et leurs pensées demeurent trop courtes pour embrasser tout le secret du vivant, et d'abord, du vivant que nous sommes - mais pour chercher, par delà les déterminations où se trouve la substance de l’être. » (pp. 76-77)

13/01/2014

Maistre, Guénon, Evola : d’une vision métapolitique à l’engagement initiatique (autour de David Bisson et Jean-Marc Vivenza)

Maistre, Guénon, Evola.jpg

 



Une seconde série d’enregistrements autour de David Bisson et Jean-Marc Vivenza, mise en ligne sur Baglis-tv, détaille, et nuance parfois,  l’articulation entre providentialisme maistrien, critique guénonienne de la Modernité et perspective évolienne de combat.

Un axiome distingue leur convergence, en même temps qu’il qualifie la perspective traditionnelle : la métahistoire s’origine dans un temps de perfection métaphysique, l’Histoire n’en déroulant qu’une dégradation continue, dont la Modernité en est l’absolu paradigme.

Reste alors, chez nos auteurs, ce qui singularise leur appréciation de cette métahistoire : cyclique, et référée à la doctrine hindoue des manvantara chez René Guénon, elle se déploie, avec le providentialisme maistrien, dans l’économie de la chute, des desseins de la Divine Providence et de la Réparation. Là, s’opère notre rapport, et notre conformité au plan céleste. Pour Guénon, la connaissance opératoire et la réalisation du Soi par l’initiation (clé transhistorique et providentielle), dans une action de présence au monde, a valeur d’une réalisation spirituelle dans sa complétude – l’infra-politique, selon l’heureuse désignation de David Bisson –

Nos deux commentateurs, d’ailleurs, relèvent la radicalité métaphysique de cette posture, déniant toute possibilité de redressement à la sphère limitée de la confrontation.

Les nuances sont ici posées. Julius Evola, inspiré du vitalisme nietzschéen et du discours proclamatoire du futurisme italien, indique la possibilité d’une telle posture qui diffère de l’attitude guénonienne : « Il y a pire que le cycle : c’est le néant. La fréquentation du néant est une angoisse terrible chez Guénon, qui considère la possibilité, comme la jonction de l’être et du non-être, alors qu’il y a une séduction du vide, par le biais de la métaphysique bouddhique, chez Evola : si néant il y a, il sera peut-être préférable à la décadence (…). Ce en quoi on peut parler de nihilisme actif, politique, en acte, qui travaille dans l’Histoire, qui agit pour effondrer les ruines, parce qu’il vaut mieux que tout disparaisse, plutôt que de vivre cette situation catastrophique,  alors que Guénon, en prêtre, en brahmane, dit : en ces ruines, préservons les flambeaux de la connaissance pour que demain, la jonction se fasse avec les générations qui vont venir. » (J.-M. Vivenza)


 

La pensée maistrienne est transversale à ce choix, en ce qu’elle s’inscrit dans le corpus illuministe de la doctrine de la « réintégration des êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine » : la nature immatérielle et « conformée aux anges » de l’Adam primordial, son émanation en vue d’une réconciliation de l’ensemble des êtres séparés, entée sur la sainte Ecriture, situe l’initiation dans la vocation d’un culte primitif étranger à la conception d’un éternel recommencement. Mais Guénon, comme Maistre, placent le rite et l’initiation au cœur de l’engagement, conscients, notamment, du danger qui consisterait à abandonner la perspective visionnaire à ses propres forces, et aux limites de son individualité : « Guénon a décrit précisément les critères de l’initiation, et appelle à ce processus pour y témoigner au cœur même de la société, témoignage qui est en lui-même un mode de résistance intérieur à l’environnement. La métapolitique est reliée à l’individu, qui doit constituer sa royauté intérieure, pour vivre dans la modernité. » (D. Bisson)

 

Nietzsche2.jpg

 

 

« Ô grand astre ! Quel serait ton bonheur, si tu n’avais pas ceux que tu éclaires ! Voici dix ans que tu viens ici vers ma caverne : tu te serais lassé de ta lumière et de ce chemin, sans moi, mon aigle et mon serpent. » Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra (1883)

 

 

A lire : David Bisson, René Guénon, une politique de l’esprit, Editions Pierre Guillaume de Roux  (2013) et Jean-Marc Vivenza, René Guénon et la tradition primordiale, Editions du Simorgh, (2012).

 

 Bisson-Vivenza.jpg

 

 

31/12/2013

Roger Gilbert-Lecomte (1907-1943) : "Entends, de tout ton intellect entends, je proclame la dialectique historique du devenir de l'Esprit."

En hommage à Roger Gilbert-Lecomte, mort à Paris le 31 décembre 1943.

 

Il fut, parmi d’autres – dont René Daumal, Roger Vailland et le peintre Josef Sima – l’un des animateurs de la revue Le Grand Jeu qui, de 1928 à 1930, expérimenta, avec une puissante exaltation littéraire, la perspective métaphysique de l’existence humaine.  



« (…) Souvenez-vous, hommes, du fond caverneux de vous-mêmes : votre peau n'a pas toujours été votre limite. Il fut un temps où la conscience n'était pas emprisonnée dans cette outre puante, un temps où le cercle magique des horizons lui-même ne suffisait pas à emprisonner l'homme. Et je ne parle pas seulement d'Éden dont les clôtures étaient de rêve.

(…) Or, voici le fil d'Ariane, voici la voie initiatique, voici la loi du Devenir de l'Esprit :

Souviens-toi donc, homme sinistre, de ton omniscience originelle. Surgis de tes ténèbres intérieures. Je n'instruis pas, j'éveille et nul n'est initié que par lui-même.

Dans l'incréé Principe l'Esprit sommeille prénatal, bercé entre l'être et le non-être parmi les limbes des possibles infinis. Par l'Acte pur natal, il se retire en lui-même pour émaner des êtres limités. La création tout entière correspond à une phase de dégradation de l'énergie par individuations successives jusqu'au plus vaste morcellement des ions magnétiques de l'atome.

La phase inverse est la loi de tout esprit limité dont l'obscur vouloir, à travers le devenir, doit tendre à sortir de soi, à s'universaliser, jusqu'à recouvrer l'intégrité de son unité primordiale. Alors, s'étant énuméré, l'Esprit un et total se réalise dans la plénitude de son être.

Et ces deux phases du Rythme de l'être sont celles de la respiration des poumons des battements du cœur et des marées de l'Océan, cœur de la terre.

Que chacun se souvienne : la parcelle d'être qui fût dévolue à sa conscience au commencement du monde n'était pas irrémédiablement séparée de l'être universel, de l'Esprit partout présent sous ces symboles différents que nous appelons les aspects de la matière et qui forment le monde extérieur.

(…) Enfin la synthèse dialectique de l'Esprit commencera de naître quand sa faculté rationnelle prendra pour objet la Sphère de la Révélation et en saisira les lois cosmogoniques, métaphysiques, physiques, éthiques et esthétiques qui seront universellement vraies lorsque l'ascèse accomplie aura anéanti le coefficient d'erreur individuelle.

C'est là qu'est la voie du devenir de l'Esprit. »

 

« L’horrible révélation… la seule », Le Grand Jeu, III (1930)


RGL03.jpg


08/12/2013

"Dans la Franc-Maçonnerie aussi (…), tout le reste se connaît déjà dans le pouvoir de la Maison des Ténèbres"

funèbre01.jpg

 

« Aujourd’hui, la mise en ténèbres de ce que René Guénon appelait les deux dernières institutions spirituellement actives d’Occident, l’Eglise et la Maçonnerie, approche ou vient d’atteindre son stade ultime, en principe, désormais, indépassable, car le mal est fait.

 

 

Un regroupement autre

 

(…) Et dans la Franc-Maçonnerie aussi, seule une petite part centrale, l'intérieur de l'intérieur de l'intérieur le plus occulte de l'Ordre Royal retrouvera, en s'y maintenant, le sentier de l’Enseignement Antérieur et des influences directes de ses Supérieurs Inconnus : le reste, et tout le reste, se connaît déjà dans le pouvoir de la Maison des Ténèbres, se perpétue, agit et tente d'imposer oecuméniquement la loi de putréfaction, de déshonneur initiatique et de mort totale qu'il porte en lui et qui la porte en avant sur la crête de la dernière lame du fond.

(…) il faut que toute part cachée du crime ontologique fondamental se donne entièrement à voir, se dénude et s’exhibe au grand jour, triomphalement, que le Mal-Être atteigne sa maturité suprême, à l’intérieur et comme à la face même de l’histoire en passe d’accéder ainsi à sa propre fin ; qu’il n’y ait donc plus aucun mal dans les souterrains de l’Être, nulle part ; que le mal s’autodénonce en se manifestant, de lui-même, dans le visible et dans le moins visible, s’exténuant jusqu’à la lie ultime de toutes ses potentialités subversives.

Et plus le mal se manifestera ouvertement et comme dans toute sa gloire aveuglante et fuligineuse, plus son contraire, les forces de l’être et de la liberté et du non-assujettissement, seront poussées à s’occulter contre-subversivement dans leurs propres chemins de persistance et d’action spirituelle et historique directe : cela, jusqu’à l’instant unique de la fulgurance finale, jusqu’à l’ensoleillement dévastateur et sans partage du Grand Retour. »

 

(J. Parvulesco, La Spirale prophétique, « Un enseignement d'origine suprahumaine »)

croix.jpg

 

21/11/2013

Les "sentiers escarpés" de Jean Parvulesco (1929-2010)

the hunger.jpg

 

Photo : The Hunger, de Guy Scott (1983), évoqué dans La spirale prophétique de Jean Parvulesco

« Car dans les nuits et les effondrements, dans les autodéprédations apocalyptiques d'un millénaire en train de pénétrer, avec sa fin, dans la Mabapralaya, dans la Grande Dissolution, les meutes de Julius Evola agissant en ordre dispersé, les confréries de loups-garous courant dans les sentiers les plus interdits de l'être et de l'histoire en train de devenir, définitivement, sa propre transhistoire, risquent encore de pouvoir répondre, envers et contre toute non-attente, au mot suprême de ce qui est ainsi sur le point de nous en venir si épouvantablement. Nous attendons les loups-garous et la septième lune hoerbigerienne. » (Jean Parvulesco, La spirale prophétique, 1986)



L’essayiste et romancier Jean Parvulesco – mais peut-on décemment le qualifier de façon si limitative ? – est né au Ciel le 21 novembre 2010. Foisonnante, fusionnelle et salvatrice, son œuvre, "métalittéraire" et mystique, est une sorte de "cathédrale" monumentale, parcourue de labyrinthes occultes et de sommets invisibles, d’extensions historiques infinies et d’arborescences métapolitiques subtiles. Elle "témoigne", au sens plénier du terme, d’un enténèbrement infiniment et tragiquement inouï où, étonnamment, se profile, au cœur de l’épique, la figure impériale et expérientielle de Marie et, dans l’ésotérique présence du magistère chrétien, la perspective de l’initiation :

« C’est l’ambiguïté ontologique même de l’Ancien des Anciens, du Premier Adam, qui lui imposera les états, les pouvoirs, la conscience dédoublée en elle-même et les missions eschatologiques, salvatrices et cosmiques du Sacerdoce Suprême : en lui coexistant, d’une part, la mémoire – la souvenance vive, l’anamnesis abyssale – de son Premier Etat, l’état suprahistorique du surhomme voisin du divin, engagé dans l’édifice intime de la divinité, dans l’Aedificium Caritatis, et, d’autre part, la conscience tragique – la conscience séparée – de son Etat Ultérieur, qui est celui de l’actualité historique de l’homme qu’il est devenu à la suite de la chute originelle, et dont l’humanité propre ne sera plus fondée que sur l’obscurcissement, la déchéance de la lumière en lui du surhomme qu’il avait été et qu’il n’est plus, ni ne le sera avant la fin de ce monde-ci, et dont il essayera par tous les moyens de recouvrer la grandeur évanouie. Recouvrance qui ne saurait avoir d’autres voies que celles de l’initiation, du retour secret, rituel, à l’ancienne conscience et aux anciens pouvoirs du surhomme. » (in Arnaud Guyot-Jeannin, Enquête sur la Tradition aujourd’hui, Guy Trédaniel éditeur, 1996)

A cette noce ontologique, s’invite notamment, au détour de La spirale prophétique d’une production littéraire intense, la figure simultanément absolue et attachante de Jeanne Guyon (1648-1771), en son « immense incendie du pur amour », évocation de celle que saisissait « le plus grand avantage de marcher dans la nuit », et de cette nécessaire jonction, chez Parvulesco, entre une disposition à l’accueil de ces « nuits cosmologiques », où se déroule le « face à face éperdu avec le néant de l’autodissolution », et la promesse, qui lui est conjointe, du « commencement autre ».

S’y invitent aussi, en ce constat « plus noir que l’antre des ténèbres », ces « meutes de la dernière heure », « Grandes Compagnies engagées dans la suprême maîtrise de l’éveil clandestin et de la clandestinité ontologique de l’éveil semblant devenir de plus en plus présentes parmi nous »,  que nous appelions de nos souhaits dans l’à propos  de cet espace virtuel :

 « Tout est donc perdu, à présent. Irrémédiablement perdu, perdu en-deçà de toute espérance et même de toute désespérance. Mais il se fait que, dans le plus profond, dans le plus extrême secret, des hommes sans attache entre eux, des hommes sans visage ni lieu, parviennent malgré tout, de temps en temps, à passer la ligne en solitaires, à retrouver en eux-mêmes l’être d’une transcendance salvatrice et à se mettre ainsi hors d’atteinte. Des constellations aux figures encore insoupçonnables se constituent de cette manière au cœur même du règne visible et tout-puissant des ténèbres de l’anti-tradition, pour y établir les lignes de force occultes d’un tournant final, d’un renversement imprévisible de la situation. Des constellations d’hommes plongés dans une solitude existentielle plus nue que la nudité même de la mort, mais sauvés, tous, en eux-mêmes, et libérés, tous, dans leurs vies, préannoncent, de par le simple fait qu’ils soient là, inconcevablement, la naissance future des confréries spirituelles qui, un jour, l’emporteront en force sur la part actuellement régnante et agissante du non-être. »           


181848_10200391566576228_2091369357_n.jpg

« L’heure du monde est au noir total, on ne le sait que trop. Cependant, sous le règne indivisible et indivis de sa toute-puissance anéantissante, c’est bien ce noir total lui-même qui est appelé à devenir, pour certains, pour le plus petit nombre, le sentier escarpé du dépassement du monde, le sentier de salut au bord du précipice ontologique final. » (Jean Parvulesco, La spirale prophétique, 1986)

 

06/10/2013

Julius Evola et le futurisme italien


 

L’équivoque alimentée par une lecture superficielle de l’œuvre de Julius Evola (1898-1974), nécessite une attention toute particulière à l’approche pluridisciplinaire qui lui est consacrée par la recherche universitaire. Baglis-tv s’en fait précisément l’écho, en invitant deux spécialistes de ces domaines, David Bisson [1] et Jean-Marc Vivenza [2], à l’occasion d’une intervention mise en ligne sur son site, animée par Thibault Isabel, et dont l’extrait programmé sur les espaces publics, aborde notamment le lien entre Evola et le futurisme florentin de Giovanni Papini (1881-1956).

En cette période où s’engage une dynamique de revitalisation des principes, née du processus irrémédiable de dissolution des structures et de désintégration du système, les questions abordées sont d’une nature essentielle : les intuitions fondamentales du futurisme papinien sur la souveraineté de l’être, sont bien celles qui présideront à l’œuvre active d’Evola, portées par une analyse radicale des éléments de corruption de la modernité, des perspectives ponctuelles de redressement et, plus essentiellement encore, de l’éthique comportementale, de la discipline contemplative, morale et ascétique qu’il convient d’adopter.

Julius Evola 01.jpg



"Une seule chose compte : nous sommes aujourd’hui au milieu d’un monde en ruines. Et la question qu’il faut se poser est celle-ci : existe-t-il encore des hommes debout parmi ces ruines ? Et que doivent-ils faire, que peuvent-ils faire ?"

(Julius Evola, Orientations, 1950)

 


 
 

papini4.jpg

 "Tu sais, toi qui as vécu parmi nous, le fond de notre nature malheureuse. Nous sommes des feuilles dans le vent ; nous sommes les bourreaux de nous-mêmes ; une race bâtarde d’avortons se roulant dans le mal comme l’ivrogne dans son vomi ou le lépreux dans sa pourriture. Nous t’avons repoussé parce que tu étais trop pur pour nous. Nous t’avons condamné parce que tu étais la condamnation de notre vie."

(G. Papini,
Histoire du Christ, 1921)



[1] David Bisson, René Guénon, une politique de l’esprit, PGDR, avril 2013.

[2] Jean-Marc Vivenza, philosophe, historien d’art et musicologue, développa, au cours des années 1980-90, un travail acoustique, visuel et théorique autour des fondements futuristes de l’art des bruits. Il effectua la jonction entre l’école italienne de Luigi Russolo (1885-1947), et toute une réflexion contemporaine autour de la nature ontologique des virtualités dynamiques présentes au cœur de la "réalité objective" :

« La visibilité de la modernité technicienne est perçue par les futuristes en général, et par Russolo en particulier dans son examen phénoménologique des événements sonores, comme une chance pour l'esprit, car c'est dans cette incarnation concrète du devenir que peuvent se penser comme constitutives de notre histoire les forces qui travaillent au plus profond de la matière. Ces forces, qui existèrent le plus souvent dans l'ombre et qui utilisèrent les voies souterraines pour affirmer leur être propre, s'exprimèrent généralement dans la nuit du monde. Mais cette nuit était déjà à l'époque lumière, lumière de la vie, de l'art et de l'action, une nuit porteuse du futur du monde. « Notre nuit est notre soleil », comme le dira d'ailleurs magnifiquement Marinetti. Nous pourrions, à notre tour, redire ainsi que la voie qui caractérise l'esprit du futurisme est inscrite dans cette capacité à faire luire la lumière en plein cœur de la nuit.  Depuis les origines, affirme d'une certaine manière le Manifeste futuriste, nous sommes dans la nuit d'une provenance et d'un destin, et de ce fait la tragédie de notre présence au monde est inscrite à la source même de nos vies. De cela, le futurisme en est particulièrement conscient, c'est même l'articulation majeure de sa pensée. L'essence de la modernité réside donc dans sa provenance, elle est un processus de continuité permanente, le règne de la technique est donc en dernière analyse l'expression la plus parfaite de notre origine ; notre monde technique est (à son insu, ou pour mieux dire invisiblement) une herméneutique de l'étant. Mais cette herméneutique épuise le verbiage des pensées frileuses. Encore une fois, selon l'injonction célèbre du Manifeste futuriste de 1909, « osons ébranler les portes de la vie », ce qui signifie qu'il n'y a pas lieu de refuser, en son principe, qu'une pensée préoccupée de comprendre vraiment ce qui arrive doive s'efforcer de reconstituer, plus profond que le cours apparent des événements et des idéologies, une histoire plus secrète. C'est de cette histoire secrète que le futurisme invita et invite encore et toujours, par son art, dont L'Art des bruits représente la forme la plus exaltante, ceux qui le désirent à devenir les opérateurs effectifs. Retenons de la pensée futuriste qu'il n'y a qu'une origine, celle de la lumière rayonnant dans l'espace de l'énergie du logos. C'est pourquoi il faut se garder aussi bien d'en confondre que d'en séparer le lieu de la provenance. Notre origine est aussi notre devenir, notre source est notre futur ! »

 

Futurisme.jpg


pdf.jpg

Jean-Marc Vivenza, "L’Art des bruits", art actuel, n°76, 2000, pp. 47-51. Texte en téléchargement.

 


29/09/2013

Gustave Thibon (1903-2001) : "justice & miséricorde"

Thibon.jpg

 

« Comment Dieu peut-il souffrir ces larves et ces caricatures de Dieu que sont les hommes ? Qu’attend sa pitié pour rendre au néant ou pour résorber dans l’infini ces images souillées et menteuses de lui-même et qui, même quand elles crient vers lui, projettent en lui leurs souillures et leurs mensonges ? »

 

 

Au 110ème anniversaire de sa naissance, il nous semble opportun d’évoquer Gustave Thibon (1903-2001). Philosophe et poète sensibilisé à l’esprit du Carmel, son christianisme, expérientiel et enflammé, se nourrit d’une profonde lucidité de la déchéance, en même temps que de l’exigeante possibilité de réconciliation qu’elle opère. Pour ce proche de Simone Weil, couronné en 1940 par un jury catholique où siégeaient François Mauriac et Giovanni Papini, la vocation surnaturelle de l’homme ne se négocie pas et ne saurait céder aux contingences du siècle. De L’ignorance étoilée, publié en 1974, nous choisissons ces aphorismes du 8ème chapitre, emprunts d’un christianisme transcendant, en même temps que du radical désarroi qu’opère chez lui l’écart vertigineux entre les intuitions fondamentales des sagesses humaines, et la sombre réalité des conditionnements sociaux.

 

"Justice & miséricorde", L’Ignorance étoilée, chap. 8.

 

« "La nécessité, en tant qu’absolument autre que le bien, est le bien lui-même" » (Simone Weil). Un théologien protestant a dit dans le même sens que « la foi est la participation à la faiblesse de Dieu dans le monde ». C’est-à-dire le consentement intérieur à un ordre où la miséricorde et la puissance n’ont aucun lien apparent entre elles. Cette pensée contredit l’éternel rêve de l’homme : celui d’une puissance surnaturelle qui, non seulement aurait pitié de nous, mais dont la miséricorde se traduirait par des grâces, des faveurs, voire des miracles sur le plan temporel. Le rêve d’une providence qui desserrerait pour nous l’étau de la nécessité en faisant pleuvoir dans nos mains ou dans nos âmes – c’est-à-dire au niveau de l’événement extérieur ou intérieur – des bienfaits étrangers à l’inexorable enchaînement des effets et des causes ou sans proportion avec nos efforts pour modifier cet enchaînement.

De ce rêve, procède une infinité de prières : celle du paysan dont la récolte sèche sur pied et qui demande la pluie, celle du malade incurable qui se débat contre la mort, celle du vieillard après la ferveur de la jeunesse évanouie, celle de l’élève qui n’a pas préparé son examen et qui implore une illumination analogue au don des langues.

Contrairement au texte célèbre des Psaumes qui dénonce l’impuissance des idoles, c’est à cette confusion de la puissance et de la grâce qu’on reconnaît, à tous les degrés et sous n’importe quel nom, la présence de l’idolâtrie. – Seigneur, ayez pitié de moi ! cela signifie presque toujours : Seigneur, séparez-moi de mon destin, épargnez-moi d’être brisé par cette nécessité que vous avez créée et à laquelle vous vous êtes soumis sous les oliviers et sur la croix, faites avorter en moi la contradiction qui est semence de Dieu dans l’homme, déchirez avant terme ce voile d’apparences qui ne doit s’ouvrir qu’à la mort, faites que le vrai me devienne vérifiable, sinon dans l’événement extérieur, du moins à la surface de la vie intérieure, dans mes sentiments, mes états d’âme : donnez à mon âme une nouvelle teinture, mais gardez-vous bien de la tuer pour qu’elle renaisse, car je ne veux pas changer d’âme, je ne veux pas d’un cœur nouveau, je veux un cœur repeint, remis à neuf du dehors, tout luisant du vernis divin. Ce qui revient à dire : que votre puissance me protège contre l’appel dévorant de votre pureté ; soyez pour moi l’apparence qui sauve et non la réalité qui tue.

Pour que la miséricorde soit pure, il faut qu’elle soit sans puissance et, apparemment, sans effet. J’entends sans effet sur la nécessité pour être reçue, dans sa plénitude sans limite, par la liberté. Sans effet sur la mort pour préparer la résurrection. Sinon les rapports entre l’âme et dieu restent sur le plan de l’avoir : ce sont des rapports entre le puissant et le faible, entre le maître et l’esclave. Car Dieu est plus faible que nous en ce monde, et sa miséricorde est celle d’un être qui ne peut rien donner, comme le mot l’indique, que son cœur. C’est à lui que s’applique par excellence le mot de Nietzsche : « Je ne fais pas l’aumône, je ne suis pas assez pauvre pour cela. »

On peut même interpréter dans ce sens la distinction classique entre la justice et la miséricorde de Dieu. Dieu est juste en tant qu’il a délégué sa puissance à l’inexorable nécessité : dans ce domaine, pas de faveurs, pas de passe-droit ; la gratuité est absente ; l’effet, impitoyable, suit la cause et chacun recueille jusqu’au bout le fruit de ses actes. « Vous ne sortirez pas d’ici que vous n’ayez payé la dernière obole… »

Mais Dieu est infiniment miséricordieux en tant qu’amour, dans son essence solitaire, hors de la création et de ses lois : « Je ne donne pas comme le monde donne. » La justice est la loi de la création, la miséricorde est la loi de l’incréé. Deux lois absolument étrangères et irréductibles l’une à l’autre – et qui, cependant, s’identifient dans la mesure où on accepte, par amour et par respect de la seconde, d’obéir sans restriction à la première, car alors nécessité et liberté, temps et éternité, vie et mort ne s’opposent plus : « tout est fruit pour moi de ce qu’apportent les saisons, ô nature ! » Mais il faut subir jusqu’au bout la justice de Dieu pour rencontrer sa miséricorde.

Simone Weil dit que l’absence totale de miséricorde ici-bas est le signe de la miséricorde de dieu. Cette absence ne peut pas être totale, car alors que saurions-nous de la miséricorde de Dieu ? Disons que la miséricorde est absente de la nature, mais présente dans le centre divin de l’âme. Pour moi, je n’ai jamais senti la miséricorde de Dieu à mon égard, mais la pitié que j’éprouve pour les misérables me fait croire que Dieu a pitié de moi comme j’ai pitié de mes frères. Je reçois la miséricorde dans la mesure où je l’éprouve. Je suis du péché qui pleure et ne juge pas – et si le péché est capable de miséricorde, quelle doit être la compassion d’un Dieu infiniment pur ? « Personne n’est coupable, je dis personne ! » s’écrie Lear dans cette crise de folie qui délivre en lui le Dieu à travers les ruines du roi brisé.

Loi du créateur : croissez et multipliez. La loi du sauveur est inverse : elle nous enseigne l’effacement, la décroissance (il faut que je diminue pour qu’il croisse… si le grain ne meurt…) et le retour à l’unité par la chasteté et par la mort.

La première loi est de la vie temporelle, car Dieu ne peut créer que dans le temps ; la seconde loi est de la vie éternelle, car dieu ne peut sauver qu’au-delà du temps.

La première conséquence du premier précepte est de manger, car la vie temporelle ne peut se maintenir que par un carnage réciproque et perpétuel.

La première conséquence du second précepte est de se laisser manger. Et le Christ l’a subi dans toute sa force en perpétuant l’Eucharistie par le sacrifice de la croix, en se faisant pain, en s’anéantissant dans nos bouches impures. Par là le Sauveur rachète la « faute » du Créateur, le Dieu-victime transfigure l’œuvre du Dieu-bourreau. L’homme, en mangeant, ne peut qu’entretenir quelques instants cette mort masquée et agitée qu’est la vie temporelle, mais Dieu, en se laissant manger, nous donne la vie éternelle. »

 

I-Grande-9099-l-ignorance-etoilee.net.jpg

 

 

 

Gustave Thibon, L’Ignorance étoilée, Fayard, 1974

30/06/2013

Compte-rendu de La Clé d'or, par le CIREM (Centre International de Recherches et d’Etudes Martinistes), le vendredi 26 avril 2013

CIREM.jpg


La Clé d’or et autres écrits maçonniques,  de Jean-Marc Vivenza, Editions de l’Astronome.

L’édition de ce petit livre qui tient dans la poche et qui peut ainsi nous accompagner au jour le jour est l’occasion de s’éloigner des polémiques stériles des derniers mois qui secouent les différentes composantes du Régime Ecossais Rectifié, dont l’auteur est un acteur incontournable.

Cet ouvrage propose un ensemble de textes réunis par l’auteur comme un parcours initiatique aléatoire au sein du courant illuministe. Ces travaux sont avant tout pour le lecteur une source de questionnement et d’approfondissement de son rapport au divin en tant qu’homme de désir, de sa queste de la « Clé d’or de l’esprit ».

Dans son introduction, Jean-Marc Vivenza insiste sur la nécessité du silence, préalable à l’initiation et permanence de l’initiation :

« Ne l’oublions pas, avant que de nous immerger dans ces pages, le silence transcende comme la nuit toute image, il est le prélude à tout commencement et à tout aboutissement de l’œuvre, de même que l’oiseau qui prend son souffle et régénère sa vie avant le lever du soleil en est le symbole, il borne le chemin de la remontée à l’évidence, il est recueillement et attention, attente et écoute approfondie ; se donnant comme une « Présence », il est à la fois la source première et terre natale par excellence de la pensée essentielle, le fond originel d’où elle provient, nous donnant de comprendre pourquoi faut-il, pour qu’il puisse éclore en son retrait, que se déchire le voile qui le dérobe habituellement à notre conscience préoccupée par le monde. »

Et de citer Louis-Claude de Saint-Martin :

« Ce n’est que dans le calme de notre matière que notre pensée se plaît ; ce n’est que dans le calme de l’élémentaire que le supérieur agit. Ce n’est que dans le calme de notre pensée que notre cœur fait de véritables progrès ; ce n’est que dans le calme du supérieur que le divin se manifeste. »

Cette hiérarchie ascendante du calme, qui évoque une théophanie du Silence, est une indication précieuse de l’axialité dont nous ne saurions nous éloigner sans tomber dans le bruit dont Saint-Martin tenait à se garder.

L’interrogation ontologique des apparences, de l’Apparaître-même, est au cœur du propos développé par l’auteur. A partir de la question fondatrice que se pose l’être humain confronté à sa relativité, l’incertitude quant à son existence, la réalité de celle-ci, son sens éventuel, Jean-Marc Vivenza explore les possibilités qui s’offrent à nous pour accéder à une libération dont nous avons soif, peut-être par pressentiment, peut-être par une trop grande souffrance devant « un abîme troublant non comblé et irrémédiablement ouvert ». L’interrogation comme voie initiatique – Le cheminement spirituel – La nature des ténèbres – La « science de l’homme » par excellence – Voyez-vous tels que vous êtes – Misère de l’homme au monde – « Memento mori » - L’enseignement de la vertu – Faites place à « l’esprit » - La Clé d’or, titres des textes rassemblés, constituent une indication sur cette exploration à laquelle le lecteur est invité, une exploration qui peut être aussi entendue comme un « transport » :

« Revêtu de l’essentiel, comme l’affirme le Philosophe inconnu, l’homme est transporté dans le séjour de la lumière : « l’homme né pour l’esprit, ne peut jouir de l’esprit qu’en commençant à se faire esprit ; à cette fin, lorsqu’il est prêt, la sagesse le transporte dans le séjour de la lumière où il a pris son origine. »

Que nous délivre comme enseignement cet extraordinaire « transport » ?

Tout d’abord notre identité de nature avec l’esprit ; se faire esprit étant en fait se rendre peu à peu capable d’esprit.

Mais ce transport a pour vertu de nous révéler, également, un certain nombre de lois métaphysiques, dont une que nous pourrions désigner comme étant centrale et qui porte sur le sens profond de la vérité dans son déploiement. Ce transport d’une nature tout à fait surprenante, débouche en réalité sur une clé, une « Clé d’or » capable d’ouvrir la porte du mystère dissimulé depuis l’origine des choses, à savoir celui de notre véritable nature, notre origine première, l’identité essentielle qui nous fonde ontologiquement et en vérité, que nous avons à retrouver par la mise en œuvre du processus de réintégration. »

Cette clé, qui relève de « ce qui demeure », du non-temps, du non-duel, invite à une métaphysique du cœur, du centre, de l’intime, du lieu de la « Présence ».

Ce cheminement autour de la Clé d’or est enrichi de trois appendices, plus maçonniques dans la forme : De l’Être à l’ « Être Suprême »maçonnique – L’illuminisme et la Franc-maçonnerie – L’essence du christianisme transcendant, et d’un bref mais utile glossaire.

Éditions de l'Astronome, L'Étoile D, 9 avenue du général de Gaulle,74200 Thonon les bains, France.

http://cirem-martinisme.blogspot.fr/