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06/10/2013

JULIUS EVOLA ET LE FUTURISME ITALIEN


L’équivoque alimentée par une lecture superficielle de l’œuvre de Julius Evola (1898-1974), nécessite une attention toute particulière à l’approche pluridisciplinaire qui lui est consacrée par la recherche universitaire. Baglis-tv s’en fait précisément l’écho, en invitant deux spécialistes de ces domaines, David Bisson [1] et Jean-Marc Vivenza [2], à l’occasion d’une intervention mise en ligne sur son site, animée par Thibault Isabel, et dont l’extrait programmé sur les espaces publics, aborde notamment le lien entre Evola et le futurisme florentin de Giovanni Papini (1881-1956).

En cette période où s’engage une dynamique de revitalisation des principes, née du processus irrémédiable de dissolution des structures et de désintégration du système, les questions abordées sont d’une nature essentielle : les intuitions fondamentales du futurisme papinien sur la souveraineté de l’être, sont bien celles qui présideront à l’œuvre active d’Evola, portées par une analyse radicale des éléments de corruption de la modernité, des perspectives ponctuelles de redressement et, plus essentiellement encore, de l’éthique comportementale, de la discipline contemplative, morale et ascétique qu’il convient d’adopter.

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"Une seule chose compte : nous sommes aujourd’hui au milieu d’un monde en ruines. Et la question qu’il faut se poser est celle-ci : existe-t-il encore des hommes debout parmi ces ruines ? Et que doivent-ils faire, que peuvent-ils faire ?"

(Julius Evola, Orientations, 1950)

 


 
 

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"Tu sais, toi qui as vécu parmi nous, le fond de notre nature malheureuse. Nous sommes des feuilles dans le vent ; nous sommes les bourreaux de nous-mêmes ; une race bâtarde d’avortons se roulant dans le mal comme l’ivrogne dans son vomi ou le lépreux dans sa pourriture. Nous t’avons repoussé parce que tu étais trop pur pour nous. Nous t’avons condamné parce que tu étais la condamnation de notre vie."

(G. Papini,
Histoire du Christ, 1921)



[1] David Bisson, René Guénon, une politique de l’esprit, PGDR, avril 2013.

[2] Jean-Marc Vivenza, philosophe, historien d’art et musicologue, développa, au cours des années 1980-90, un travail acoustique, visuel et théorique autour des fondements futuristes de l’art des bruits. Il effectua la jonction entre l’école italienne de Luigi Russolo (1885-1947), et toute une réflexion contemporaine autour de la nature ontologique des virtualités dynamiques présentes au cœur de la "réalité objective" :

« La visibilité de la modernité technicienne est perçue par les futuristes en général, et par Russolo en particulier dans son examen phénoménologique des événements sonores, comme une chance pour l'esprit, car c'est dans cette incarnation concrète du devenir que peuvent se penser comme constitutives de notre histoire les forces qui travaillent au plus profond de la matière. Ces forces, qui existèrent le plus souvent dans l'ombre et qui utilisèrent les voies souterraines pour affirmer leur être propre, s'exprimèrent généralement dans la nuit du monde. Mais cette nuit était déjà à l'époque lumière, lumière de la vie, de l'art et de l'action, une nuit porteuse du futur du monde. « Notre nuit est notre soleil », comme le dira d'ailleurs magnifiquement Marinetti. Nous pourrions, à notre tour, redire ainsi que la voie qui caractérise l'esprit du futurisme est inscrite dans cette capacité à faire luire la lumière en plein cœur de la nuit.  Depuis les origines, affirme d'une certaine manière le Manifeste futuriste, nous sommes dans la nuit d'une provenance et d'un destin, et de ce fait la tragédie de notre présence au monde est inscrite à la source même de nos vies. De cela, le futurisme en est particulièrement conscient, c'est même l'articulation majeure de sa pensée. L'essence de la modernité réside donc dans sa provenance, elle est un processus de continuité permanente, le règne de la technique est donc en dernière analyse l'expression la plus parfaite de notre origine ; notre monde technique est (à son insu, ou pour mieux dire invisiblement) une herméneutique de l'étant. Mais cette herméneutique épuise le verbiage des pensées frileuses. Encore une fois, selon l'injonction célèbre du Manifeste futuriste de 1909, « osons ébranler les portes de la vie », ce qui signifie qu'il n'y a pas lieu de refuser, en son principe, qu'une pensée préoccupée de comprendre vraiment ce qui arrive doive s'efforcer de reconstituer, plus profond que le cours apparent des événements et des idéologies, une histoire plus secrète. C'est de cette histoire secrète que le futurisme invita et invite encore et toujours, par son art, dont L'Art des bruits représente la forme la plus exaltante, ceux qui le désirent à devenir les opérateurs effectifs. Retenons de la pensée futuriste qu'il n'y a qu'une origine, celle de la lumière rayonnant dans l'espace de l'énergie du logos. C'est pourquoi il faut se garder aussi bien d'en confondre que d'en séparer le lieu de la provenance. Notre origine est aussi notre devenir, notre source est notre futur ! »

 

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Jean-Marc Vivenza, "L’Art des bruits", art actuel, n°76, 2000, pp. 47-51. Texte en téléchargement.

 


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