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17/12/2016

« LE VRAI EST LE NÉGATIF DES APPARENCES »

La tragédie de l’engendrement divin au centre de la Croix, dans Le mystère de l’Église intérieure[1].

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« VOGUEZ A MA SUITE DANS L’ABÎME… »
(Kasimir Malevitch, 1920)

 

Si les temps actuels nous confrontent d’une manière plus saisissante que jamais, à la question du retrait de l’être et de son insupportable absence, le spectacle de l’irréversible dégradation appelle une orientation ontologique qui soit à la mesure de l’infection. Une orientation qui soit  une radicale et totale mise à distance des éléments substantiels issus d’un composé matériel irrémédiablement soumis aux lois de la pesanteur et de la dégradation, en même temps qu’un retournement dialectique du questionnement, y percevant non pas une simple « possibilité » ou une « issue », mais l’unique option que nous annonçait l’anonyme anglais :

« Donc, apprête-toi à demeurer dans cette obscurité tant que tu le pourras (…) car (…) si tu dois LE voir (…), toujours ce sera dans le nuage de cette obscurité.[2] »

La mystique spéculative chrétienne, l’Église céleste dont elle est porteuse,  et qui s’origine non pas à la descente de l’Esprit-Saint mais dans les conséquences immédiates du drame de la Chute[3], assume la sévérité de cette mise en demeure, et du questionnement de l’éternel Néant et de la non-substantialité. Le drame ontologique de la Croix s’y déploie « dans sa vérité invisible participant du mouvement dialectique par lequel dieu naît dans l’âme en mourant par un engendrement sacrificiel, processus qui entraîne l’Absolu  dans l’obscur sans-fond de l’ineffabilité, lieu où le non-être (apparent), enfante le Rien de ce qui est, constituant l’impensable union du Néant et de la Vacuité infinie[4] » :

« La "sphère philosophique" ouvre ainsi la conscience non sur un sommet, mais sur un abîme, celui de l’insondable mystère qui nous habite, transcendentalement  méta-ontologique, qui conduit, par négations successives, jusqu’à la révélation en mode nocturne de l’origine de la Divinité au sein du Néant, d’où découle la désignation de cette connaissance métaphysique sous le nom "d’ontologie négative"[5]. »

Ici, est convoqué le « philosophe teutonique[6] », lorsqu’il est question d'affirmer la non-substantialité du créé :

« Cette non-substantialité que Boehme résume ainsi : « En dehors de la nature règne une éternité silencieuse et immobile, qui est le Néant. Dans ce Néant éternel, naît une volonté éternelle dont la fin est de faire entrer ce Rien pour s’appréhender, se rendre sensible à elle-même, se contempler, car dans le Néant, elle ne se connaîtrait pas » (De la signature de la chose II, 7), est une perspective auto-abolitive de l’Être et du Non-Être, reconnaissant comme vraie toute affirmation, toute négation, toute non-affirmation et toute non-négation, incluant également la possibilité qu’une proposition soit tout à la fois vraie et fausse en même temps, attitude insoutenable au titre de la logique aristotélicienne dite du « tiers exclu », mais qui, pourtant, s’impose dans le cadre de la génération de Dieu dans l’âme et de l’âme en Dieu, communication réciproque de l’être aboutissant à en constater sa nature vide, son « rien », c’est-à-dire son « Néant ». « Dieu », ou ce que nous savons ce qu’il convient d’entendre sous ce « Nom », et par ailleurs ce qu’il importe d’éviter comme « idée » erronée ou concept inexact afin d’en préserver l’extraordinaire éminence spirituelle, s’engendre, en un acte d’anéantissement sublime et tragique, au centre de la « Croix », comme il s’engendre dans l’âme, il parvient à l’existence par l’annihilation de son essence, réalisant, en un sacrifice extrême, sa transcendance dans, et au sein de la radicale immanence. Voilà pourquoi nous pouvons affirmer : le Vrai est le négatif des apparences[7]. »

« Le lien dialectique, « s’opérant » dans l’extraordinaire naissance de Dieu en l’âme, et de l’âme en Dieu, est donc, en effet, le « grand mystère », le mystère incroyable par excellence de l’engendrement ontologique, fondé, non pas sur deux propositions antagonistes qui s’affrontent et sont étrangères l’une à l’autre, d’une nature créée à une nature incréée, mais quatre, quatre propositions interdépendantes constituant un « quaternaire » placé au cœur du processus transcendant, ce qui représente un aspect tout à fait surprenant qui a été largement ignoré, incompris ou in entrevu, de la plupart de ceux qui se sont penchés sur ces sujets[8]. »

 

 

 

« NOTRE PROVENANCE EST NOTRE DESTINATION … »

 

Lien éditeur :

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A lire également :

 

Le mystère de l’Église intérieure ou la « naissance » de Dieu dans l’âme

Le cœur métaphysique et ontologique

de la doctrine saint-martiniste

Jean-Marc Vivenza

 

[1] Jean-Marc Vivenza, Le mystère de l’Église intérieure, ou la « naissance » de Dieu dans l’âme. Le cœur métaphysique et ontologique de la doctrine saint-martiniste,  Editions la Pierre philosophale, mars 2016.

[2] Le nuage d’inconnaissance, trad. Armel Guerne, 1977.

[3] « L’Église intérieure naquit tout de suite après la chute de l’homme, et reçut de Dieu immédiatement la révélation des moyens par lesquels l’espèce humaine tombée sera réintégrée en sa dignité, et délivrée de sa misère. Elle reçut le dépôt primitif de toutes les révélations et mystères ; elle reçut la clef de la vraie science, aussi bien divine que naturelle. » (Karl von Eckartausen, La Nuée sur le Sanctuaire, 1802)

[4] Jean-Marc Vivenza, op. cit.,  p. 157

[5] Op. cit., p. 157.

[6] Jacob Boehme (1575-1624)

[7] Jean-Marc Vivenza, ibid., p. 161.

[8] ibid., p. 163.