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06/09/2014

LA CONTREFAÇON DU SPIRITUEL

« Ce qu’ils prennent pour une plénitude de "vie" n’est effectivement que le royaume de la mort et de la dissolution sans retour. »

René Guénon, Le Règne de la Quantité & les Signes des Temps (1945)


Extrait d’un entretien en deux parties mis en ligne sur baglis.tv, entre Jean-Marc Vivenza, Jean-Pierre Laurent et David Bisson, sur "Le Règne de la Quantité de René Guénon."

 

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René Guénon, Le Règne de la Quantité & les Signes des Temps (1945), chap. XXXV,fichier PDF.

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Extraits de Jean-Marc Vivenza, La Clé d’Or, (Editions de l’Astronome, 2013) :

 

- Terrible tableau, si criant de vérité -

 

 

« Terrible tableau, mais pourtant si criant de vérité, qui nous peint en des teintes vives la triste situation, la misère sur le plan naturel de l’homme en ce monde, et de l’impuissance radicale des facultés dont il dispose pour pouvoir s’extraire par lui-même de sa condition existentielle.

L'homme, en tant qu'individu lié, assujetti, est cette réalité initiale dont la solidarité ne souffre aucune contestation : si rigoureusement primitive en réalité qu'il manquerait une raison pour la mettre en doute, son absence qui, précisément, manque pour douter de l’existence. Les choses sont bien là, et l’homme qui les observe. On ne saurait donc soutenir de prime abord un doute sur la vérité de la présence que déraisonnablement, sans justification véritable.

A l'origine de la pensée, il n'y a donc pas seulement une conscience d'être, ni même d'être parmi les êtres en coexistence. Mais, d'être déterminé, placé au cœur de l’existence. Et à l'origine de la démarche de la pensée, il y a cette provocation manifeste des phénomènes manifestes, dont on ne peut se déprendre, se libérer, sauf bien évidemment dans le refus existentiel réalisé, d'une certaine façon, par le suicide.

Où est donc l'être vraiment, demande celui que la mort n'a pas encore livré au silence ? En quoi réside-t-il ? Comment suis-je en ce monde en tant que question pour moi-même et les autres ? D’où me vient la pensée interrogatrice ? Pourquoi est-ce que j’interroge les faits, la réalité phénoménale ? Pourquoi cette souffrance ontologique qui est imprimée au cœur du vivant ?

Etre c'est donc être jeté dans le relatif, c'est être dépendant totalement. La relation est dans l'être le tout de son exister même. Il n'y a donc de réalité que relative, c'est-à-dire reliée, liée et soumis. L'homme n'est pas une réalité à quoi il arriverait, comme de surcroît, de se trouver en référence, en dépendance : il est relatif par essence, il est exclusivement relatif. Sa nature est de rapporter son existence d'où il dépend d’un être à quoi il réfère : inhérent à l'un, référent à l'autre ; rien de plus. C'est beaucoup et c'est peu ; c'est beaucoup car il en va de l'exister même, c'est peu car en fait il n'y a pas de véritable indépendance dans l'être. Or un être dépendant n'est rien, il est sans être, son être est de n'être point. Ou du moins rien de lui-même, puisque tout ce qui le fait être n'est rien de lui. Etre, exister, c'est n'être presque rien de soi-même. Être c'est n'être pas cause de son existence. Exister c'est ne pas être de soi-même, c'est ne pas être soi-même ni personne, autre qu’être créé, constitué par de l'autre, un autre également absent de lui-même. Du dépendant sur le plan ontologique créant du dépendant.

Exister c'est donc subir sa différence d'avec soi-même, c'est ne pas être à soi-même son être, tout en étant aucun autre. Drame existentiel éternel, auquel il n'y aura jamais de terme. La fracture ne sera jamais refermée, le fossé jamais comblé. Rien en nous n'est de nous, vient de nous. Ceci explique pourquoi chaque être est incapable, à lui seul, d'aller au bout de l'être. Il est freiné par son manque constitutif d'être.

La créature n'est que néant si on entend que, d'elle-même, elle n'est propriétaire de rien, que par elle-même elle n'est rien. » (pp. 96-99)

 

 

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En aucun cas, la matière ne peut créer le spirituel

 

« Ainsi le spirituel en premier lieu, s’il faut en croire la définition, « concerne l’esprit, l’âme, les relations avec le divin ». Le mot "spirituel" provient effectivement du latin, spiritus, qui signifie proprement "souffle", "respiration", éléments qui font de l’homme un être animé, c'est-à-dire littéralement possédant une âme, animus.

Mais si on oppose le spirituel à la matière, alors, d’une certaine manière, le spirituel se définit négativement comme "tout ce qui n’est pas tangible", ou "palpable", quoique dans cette visée, le psychologique lui même devient du spirituel. Or la matière, incluant les facultés intellectuelles, comme la mémoire, ou la volonté, porte le spirituel, elle en est la forme, mais n’est pas véritablement le spirituel ; le spirituel étant une des qualités, non la substance, de la matière. Il en est le parfum, voire l’essence. La matière est d’ailleurs habitée par le spirituel, ce qui pourrait justifier qu’on parle tantôt de matière inerte, tantôt de matière animée selon la présence ou pas du souffle, de l’esprit qui lui donne l’être et le mouvement, mais, en aucun cas, la matière ne peut créer le spirituel. » (pp. 48-49)

 

Chercher, par delà les déterminations, la substance de l’être

 

 

« Quand nous croyons répondre ainsi à la question du spirituel, ou de la connaissance de soi, en nous imaginant découvrir en nous un être originel, une personnalité dont la valeur est irremplaçable et la dignité inviolable, les sciences contemporaines, la psychologie, la psychanalyse, la neurobiologie, nous révèlent les archétypes les plus archaïques qui appartiennent à une sorte de mémoire cosmique, nos comportements habituels rappelant notre histoire infantile, sa survivance en nous et notre dépendance à l'égard d'un moi que nous estimons constitué par des lois sacrées, alors qu'il n'est, le plus souvent, que l'introjection des obligations autoritaires qui se sont imposées à nous dans notre enfance.

Notre vraie vie semble donc être ailleurs, celle à laquelle on peut décerner le nom de véritable, et, finalement, à bien y réfléchir, il ne nous reste plus rien en propre si l’on pousse l’interrogation sérieusement, sauf la constatation d'avoir pris pour notre être le plus singulier et le plus certain une personnalité entièrement artificielle et déterminée, que nous n'avons aucune raison valable de considérer comme nôtre alors qu’elle n’est que le résultat d’un ensemble de déterminations.

C’est pourquoi, il est capital d'insister sur ces déterminations, non pour les nier, bien au contraire - et les sciences modernes parfois ne vont pas assez loin, et leurs pensées demeurent trop courtes pour embrasser tout le secret du vivant, et d'abord, du vivant que nous sommes - mais pour chercher, par delà les déterminations où se trouve la substance de l’être. » (pp. 76-77)

 

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Jean-Marc Vivenza